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En montagne on ne triche pas

J’écris cette tribune à l’écoute de  Catherine Destivelle et Charles Dubouloz  sur France inter durant laquelle ils ont exprimé notre inquiétude commune mais ou j’ai ressenti aussi un désarroi face à un manque de perspectives.  Place à l’imaginaire : pour y pallier, je propose ici une mise en récit courte qui, en rebondissant sur l’actualité, invite le lecteur à imaginer une utopie de la raison. Gilles.

Nous sommes en montagne, où les effets du réchauffement climatique sont marqués et remarqués, plus rapides et plus visibles qu’ailleurs. Ici, les alertes scientifiques sont comprises, intimement reliées aux observations personnelles et à la mémoire collective de ces femmes et hommes qui ont fait profession de guider, par tous temps, en sécurité, ceux venus s’émerveiller des beautés des lieux.

On s’inquiète des effets de ces bouleversements du climat : la neige devenue erratique, les chutes de pierre, …  qui compromettent la pratique. Les canons à neige, comme une guerre perdue d’avance, apparaissent à beaucoup comme une fuite en avant. Les solutions sont plutôt dans la diversification des activités. On s’adapte, on investit. Si on anticipe les effets, on réfléchit aussi aux causes. Les scientifiques ont dit vrai et il faut donc bien admettre aussi cette vérité qui dérange : nous devons changer en profondeur nos modes de production, nos modes de vie, nos règles sociales. Ici et maintenant.

Pour ces alpinistes dont la connaissance des limites est à la base de la pratique, on ne triche pas : sont proscrites, ou quasiment, ces ascensions à l’autre bout du monde. Le vertige saisit alors ces ascètes de la verticale : avec quels yeux vont-ils regarder leurs clients venus de loin décompenser leur mode de vie hors sol et stressant ?

La sincérité de ces inquiétudes et interrogations transparaît bien dans l’interview de Catherine Destivelle et Charles Dubouloz (1). Bien sûr, sur une radio nationale, on ne va pas jusqu’à prononcer la condamnation du métier, et d’ailleurs l’est-il vraiment ? Quelle autorité, quelle règle kafkaïenne viendra décréter telle pratique interdite, restreinte à ceux qui habitent à moins de  X kilomètres ? D’accord, il va falloir réduire la voilure mais pourquoi interdire des exploits tels que ceux des frères Schmid qui les premiers ont gravi la face nord du Cervin en partant à vélo de Munich à 500 km de là. On est conscient, inquiet, réaliste mais pour une fois, on n’arrive pas à tracer une voie dans la difficulté qui se dresse devant nous. Il y a l’engagement individuel de certains à ne travailler que local. C’est exemplaire, mais cela n’édifie pas de règles communes.

Je voudrais sinon tracer cette voie, du moins ouvrir l’imagination.

L’application d’une réduction progressive du total de notre consommation individuelle d’émission de gaz à effet de serre (2) ne permettrait-elle pas de concilier ces injonctions contradictoires : réduire la voilure et préserver une activité, économiser au quotidien pour se payer l’exceptionnel, fixer les limites et conserver la liberté de choix. La voie de ces arbitrages diffus, généralisés, progressifs, et surtout libres est la voie entre le rien de la fuite en avant et le tout d’une interdiction arbitraire. On change les règles sociales; on met à contribution les collectivités; les entreprises et les individus lient leurs choix avec cette valeur qu’est le respect de limites.  On pourra alors imaginer comment vivre encore en montagne en cohérence avec ce milieu farouche et fragile. En cohérence : entre les tenants et les aboutissants. Ce ne sera pas comme aujourd’hui, ce ne sera pas comme hier, si ce n’est pour cette tempérance retrouvée.

  1. sur  France Inter le 10 août  https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-10-aout-2022-7063034
  2. telle que proposé par Allocation Climat.

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