
Nouvel axe de réflexion
Le rapport publié en 2021 a montré la faisabilité technique d’un dispositif de comptage et de réduction pilotée du carbone pour atteindre la neutralité. Il en a aussi montré les avantages. Depuis, nous étendons nos travaux dans différents domaines, parmi lesquels la psychologie sociale. Premier objectif : comprendre les barrières psychologiques face à la lutte contre le réchauffement climatique. Plus concrètement : le dispositif proposé par Allocation Climat permet-il de les franchir ? Permet-il de rendre plus concrètes les actions que les citoyens et les entreprises peuvent réaliser pour limiter le réchauffement climatique ?
Dans ce cadre, nous avons donné, en 2025, une conférence devant les élèves de Master en Psychologie Sociale et Environnementale de l’Université de Nîmes (Unîmes). Suite à cette présentation, deux étudiantes de Master ont mené, pour l’association, des stages complémentaires. Ils visaient à éclairer l’acceptabilité d’outils centraux du dispositif : l’étiquetage carbone des produits et le budget carbone individuel. Leurs travaux ont combiné enquêtes qualitatives, entretiens et analyses lexicales. Ils ont permis de produire des recommandations opérationnelles destinées au déploiement du dispositif.
Démarche méthodologique commune
Les deux études ont utilisé un protocole comparable : 30 entretiens semi‑directifs, avec recueil de données sociodémographiques et d’un indicateur d’éco‑inquiétude. Les participantes et participants ont répondu à des questions ouvertes. Celles-ci visaient à saisir leurs représentations, leur compréhension et leur disposition à intégrer des informations carbone dans leurs choix. Ceci permet, alors, d’identifier des freins et des leviers au déploiement de l’Allocation Climat.
Etiquetage carbone
L’étude sur l’impact d’un étiquetage carbone montre que la majorité des participants (≈70 %) se déclarent prêts à prendre en compte une information carbone si elle est disponible et lisible. Deux formats ont été testés : un label simple, inspiré du Nutri‑Score (lettres + code couleur), et un format plus technique présentant l’empreinte carbone exprimée en kgCO₂e. Les résultats principaux sont :
- Lisibilité déterminante. Le label visuel et comparatif (A–E, couleurs) est jugé clair par la majorité. Il favorise l’intention d’achat vers les produits moins carbonés.
- Effet conditionnel. L’influence du label reste modérée et dépend fortement du prix et de la comparabilité des produits (entre deux produits similaires, le label peut faire la différence).
- Besoin d’accompagnement. Plusieurs participants demandent une sensibilisation préalable. Elle est nécessaire comprendre la notion d’empreinte carbone, les ordres de grandeurs et l’unité (kgCO₂e) dans laquelle elle est exprimée.
« La présence d’une information visible, simple et compréhensible peut encourager les consommateurs à orienter leurs choix vers des produits à plus faible impact environnemental ».
Représentations du budget carbone individuel
L’étude sur les représentations sociales révèle une ambivalence marquée : le concept est perçu à la fois comme utile (sensibilisation, responsabilisation) et problématique (risques d’injustice, intrusion, complexité technique). Points saillants :
- Connaissance limitée : moins de la moitié des personnes avaient déjà entendu parler du budget carbone individuel.
- Noyau de représentation : les mots spontanés renvoient à « quota », « consommation », « empreinte », « justice ».
- Freins majeurs : crainte d’injustice sociale (zones rurales, foyers nombreux), perception de contrôle ou de sanction, et défi technique du calcul des émissions indirectes.
- Leviers d’acceptabilité : progressivité de la mise en œuvre, adaptation aux situations individuelles, transparence et mesures parallèles ciblant entreprises et gros émetteurs.
Conclusions opérationnelles pour Allocation Climat
Les deux stages convergent vers des recommandations pratiques. Tout d’abord il faut privilégier un étiquetage standardisé, visuel et pédagogique. Par ailleurs, des actions de sensibilisation devront accompagner son déploiement. Enfin, il faut concevoir le budget carbone individuel comme progressif, équitable et transparent. Pour maximiser l’adhésion, il faudra articuler information individuelle et mesures structurelles (régulation des entreprises, infrastructures) afin d’éviter que la responsabilité ne repose que sur les citoyens. Ces travaux fournissent à Allocation Climat des pistes concrètes pour améliorer le design de l’étiquetage et préparer une communication qui tienne compte des représentations sociales identifiées.
Nous remercions Violette et Solène pour les études qu’elles ont réalisées qui ferons avancer les réflexions d’Allocation Climat. Merci aussi à Karine Weiss et Isabelle Richard qui nous ont permis d’organiser ces deux stages.
